La plaisanterie de Milan Kundera

Ces temps-ci, j’ai repensé à un livre que j’avais lu il y a une vingtaine d’années – vous comprendrez pourquoi. Il s’agit d’un roman de Milan Kundera : La plaisanterie. Je rappelle que cet auteur est né et a vécu en Tchécoslovaquie jusqu’en 1975, année où il est venu s’installer dans notre pays avant d’acquérir la nationalité française en 1981.

La plaisanterie est un roman écrit à la première personne mais le pronom « je » ne désigne pas un unique narrateur : le roman est découpé en plusieurs parties où différents personnages nous présentent leur vision personnelle. Ce procédé permet d’aborder une histoire sous plusieurs angles. L’action se déroule en Tchécoslovaquie à deux époques différentes, la première dans l’immédiat après-guerre à la fin des années 40, et la deuxième une quinzaine d’années plus tard, soit au début des années 60. Le personnage principal s’appelle Ludvik. Après la guerre, il est membre du Parti communiste, fait ses études à l’Université et occupe un poste important à l’Union des étudiants. Tout va bien pour lui dans la Tchécoslovaquie socialiste. Mais un jour, son esprit facétieux le conduit à titiller une amie un peu trop orthodoxe qui ne jure que par l’optimisme de la Révolution. Il lui envoie une carte postale où il déclare que l’optimisme est l’opium du peuple avant de conclure par « Vive Trotski ! ». Ce n’est pas politiquement correct, comme on dirait maintenant. Quelques semaines plus tard, il est convoqué pour s’expliquer devant un conseil de discipline. Il tente bien de se justifier : il ne s’agit que d’une boutade sans importance. Mais on ne plaisante pas avec la Révolution, sauf si l’on est cynique et individualiste, c’est-à-dire un ennemi de la société. Son « procès » fait largement appel au pathos : on lit le texte d’un résistant mort en déportation afin de mieux l’humilier. Comment peut-on rire après la barbarie nazie ? Et c’est ainsi qu’il est exclu du Parti, de l’Université et qu’il part faire son service militaire dans un bataillon disciplinaire. Son destin change à cause d’une plaisanterie.

Ce roman n’est pas une démonstration politique. Il n’y a pas de manichéisme. Les personnages n’ont ni raison, ni tort. C’est pour cela que c’est un bon roman. Les comportements s’expliquent par des considérations psychologiques plutôt qu’idéologiques. C’est une histoire qui pourrait très bien se dérouler dans un autre pays, à une autre époque. Chaque régime porte en lui les germes du totalitarisme.

C’est également l’histoire d’une vengeance qui passe à côté de son but car il ne sert à rien d’attendre : les gens changent, les choses évoluent, les inquisiteurs deviennent des libéraux. C’est dans l’instant qu’il faut réagir, au moment où l’on subit l’injustice. J’aurais mieux fait de le gifler, finit par penser Ludvik de son accusateur.

Les destins s’entrecroisent, les individus vivent dans leur bulle et interprètent les choses en fonction de leur univers : le monde lui-même est une plaisanterie.

La plaisanterie de Milan Kundera
La plaisanterie de Milan Kundera

Ma statue par Mme Peltzer-Genoyer

Olivier par Mme Peltzer-Genoyer

A l’âge d’un an, j’ai passé l’été chez mes grands-parents à Thonon-les-Bains. Ils étaient amis avec Marguerite Peltzer, sculpteur reconnu, que j’ai toujours entendu appelée de son nom de femme mariée, Madame Genoyer. Elle me choisit pour modèle et réalisa une superbe statue en bronze sobrement intitulée « Olivier ». La photo ci-dessus montre l’ébauche en terre. Quelques années plus tard, encore enfant, j’ai revu cette statue dans une exposition à Thonon : elle avait reçu un prix. Je ne sais malheureusement pas ce qu’elle est devenue. Cependant, une copie en marbre blanc existe au musée du Chablais. (J’ignore si elle est exposée actuellement.)