Extrême-droite, ultradroite et populisme

Dans les années 1980-1990, on parlait d’extrême-droite. Ce terme est tombé en désuétude. Les mots, comme les choses, finissent par s’user. Les lames des couteaux s’émoussent, les couleurs des vêtements se délavent et les mots perdent leur pouvoir émotionnel à force d’être utilisés. Ils passent de mode. Il faut donc en trouver de nouveau. C’est ainsi que l’on a inventé l’ultradroite et le populisme.

Pourquoi deux termes alors qu’auparavant il n’y en avait qu’un ? Parce que la situation a changé. Avant, le FN était relégué dans l’espace marginal des mouvements minoritaires. Maintenant, il est abonné aux deux premières places. Et la même situation se produit dans les autres pays européens.

Le terme populisme désigne désormais les partis politiques qui présentent des candidats aux élections et obtiennent des élus. L’ultradroite désigne les mouvements sans visée électorale. Ça permet de maintenir un semblant de diabolisation : l’ultradroite reste le symbole du mal. Et les partis populistes doivent fournir des gages à l’idéologie dominante pour ne pas se voir marqués du sceau de l’infamie.

Autre terme désuet : l’immigré. On parle désormais de migrant. Il s’agit évidemment de l’adoption d’un terme de la langue internationale, le globish. Il offre en outre l’avantage d’être encore plus conforme à l’idéologie mondiale. L’immigré est en effet un sédentaire qui change de place une fois dans sa vie. Le migrant est le nomade par excellence : il n’a aucune attache.