Déconstruction ou démolition

La semaine dernière, sur France Culture, une série d’émissions consacrée au philosophe Jacques Derrida m’a fait réfléchir au sujet de la « déconstruction ».

Certes, les intellectuels s’attachent depuis longtemps à « déconstruire » les vérités traditionnelles, les croyances, les religions. Force est de constater que leur travail a fini par aboutir à une société où les idées dominantes sont issues de cette déconstruction. Face à cela, que faire ? On aurait tort d’accepter les nouvelles valeurs comme des vérités révélées. C’est d’ailleurs impossible à tout esprit un tant soit peu rationnel. La solution s’impose donc : il faut pratiquer la « déconstruction » des nouveaux mythes : la république, l’égalité, le racisme, l’antiracisme, le féminisme, le gender, la haine etc. Ce n’est pas très compliqué. Il suffit de ne pas accepter d’être enfermé dans les catégories que l’on veut nous imposer. Il suffit de questionner et argumenter. Il suffit d’oser !

La déconstruction peut prendre de multiples formes. France Culture reconnaît que Jacques Derrida n’est pas facile à lire alors on n’est pas obligé de singer le philosophe abscons. Je pense que la déconstruction n’est pas une école bien particulière mais une manière de penser. Socrate faisait déjà de la déconstruction. Louis-Ferdinand Céline, à sa manière, a « déconstruit » le mythe de la Première guerre mondiale dans son Voyage au bout de la nuit. Il a utilisé la forme du récit romancé, personnel et subjectif. Il l’a fait avec une force telle que l’on peut parler de « démolition ».

Antigone d’Arthur Honegger

Voici un opéra extrêmement rare qui n’est plus joué de nos jours. Les enregistrements sont peu nombreux et ne sont pas réédités : il est donc difficile de le trouver en CD, même d’occasion. Pourtant c’est une œuvre majeure d’Arthur Honegger. Il s’agit d’un bel exemple de musique atonale. L’opéra est court, 45 minutes. Le rythme est rapide, sans temps mort : on ne s’ennuie pas. La musique souligne bien la colère des personnages – et il y a beaucoup de colère dans cet opéra… Le texte de Jean Cocteau est en français, ce qui nous permet de suivre l’histoire sans avoir besoin du livret. Alors pourquoi cet opéra n’est-il plus représenté ? Peut-être simplement parce qu’il s’agit de la version classique d’Antigone, manichéenne, où Créon est un chef d’état autoritaire et rien d’autre. Jean Anouilh, en réinterprétant le mythe, a définitivement ringardisé cette version. C’est dommage car l’opéra de Honegger mérite d’être écouté.