Le problème Spinoza

Le Problème Spinoza, roman d’Irvin Yalom

Ce livre présente certaines étapes de la vie de deux personnages historiques : le philosophe du 17ème siècle Spinoza et l’homme politique allemand Alfred Rosenberg. Dans une alternance scrupuleusement respectée, on change de destin lorsqu’on passe d’un chapitre à l’autre.

Attention, ce livre n’est pas un roman historique. Les situations et les personnages secondaires sont la plupart du temps imaginaires. En fait, on a peu d’informations sur la vie réelle de Spinoza, ce dernier ayant préféré consacrer son œuvre à un raisonnement rationnel dénué de tout aspect affectif et personnel. On ne sait même pas à quoi il ressemblait, le seul portrait connu ayant été peint après sa mort à partir de quelques descriptions de sa physionomie.

Irvin Yalom, en plus d’être écrivain, est également psychiatre. Cela se ressent dans son livre qui laisse une large part à l’introspection des personnages. Plusieurs chapitres sont par exemple consacrés à une analyse imaginaire de Rosenberg. L’approche psychanalytique finit cependant par être pesante car trop répétitive.

Spinoza a été banni de sa communauté car il ne pouvait pas s’empêcher de dire et surtout écrire ce qu’il pensait. Aujourd’hui, il est de bon ton de se gargariser de la liberté d’expression. Pourtant, les hommes n’ont pas changé : celui qui critique un peu trop ouvertement l’organisation et les idées dominantes risque l’exclusion de son environnement social.

Le Problème Spinoza d'Irvin Yalom
Le Problème Spinoza d’Irvin Yalom

Col des Prés et col de Plainpalais

Aujourd’hui, balade à vélo dans les Bauges. D’abord le col des Prés, puis descente sur Saint-Jean d’Arvey au-dessus de Chambéry, puis remontée au col de Plainpalais et retour à la maison.
Total : 4h15, 78 km, dénivelé cumulé de 1700 mètres selon mon smartphone et 1400 mètres selon mes calculs.

Col de Plainpalais
Col de Plainpalais

Ascension au Semnoz

Ce matin, ascension au Semnoz par la route de Quintal. 1140 mètres de dénivelé en 1h32. 1h12 depuis Quintal. Pour moi, c’est un bon effort.

Au sommet du Semnoz
Au sommet du Semnoz

Reprise d’entreprise

Dans le cadre des Oséades se tenaient mercredi dernier des conférences sur la reprise d’entreprise à la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Annecy. De quoi s’agit-il ? Une personne qui veut devenir chef d’entreprise a le choix entre créer sa propre structure à partir de zéro ou reprendre une entreprise existante. C’est ce deuxième cas qui a été abordé.

La conférence à laquelle j’ai assisté était animée par Maud Fluttaz de la CCI de Haute-Savoie qui maîtrise parfaitement le sujet. Les étapes de la reprise ont été déroulées depuis les prémisses jusqu’à l’aboutissement du projet.

Etablir son bilan personnel : lister ses expériences et compétences, définir ses objectifs, estimer ses moyens financiers.

Identifier les cibles : Se concentrer sur un secteur d’activité sans se disperser pour rester crédible, recueillir des informations sur ce secteur en utilisant tous les canaux de recherche (réseau personnel, annonces internet, cabinets privés, la CCI, la CMA, les notaires, les avocats etc.)

Faire le montage juridique. On a le choix entre :
– la reprise de fonds de commerce (on ne reprend que l’actif),
– la reprise de titres (on reprend l’actif et le passif, c’est-à-dire les dettes éventuelles). Dans ce cas, il est préférable de faire une convention de garantie de bilan pour se protéger des mauvaises surprises pouvant apparaître après la cession.
La reprise de titres implique une continuité juridique : on conserve la structure existante. Dans le cas de la reprise de fonds de commerce, on peut créer une nouvelle entreprise.
Notons également la possibilité de la location gérance dans le cas de la reprise de fonds de commerce qui permet de s’habituer progressivement à son rôle de chef d’entreprise. Parallèlement, il existe aussi la location de parts ou d’actions, mais celle-ci est peu courante.

Diagnostiquer l’entreprise : son activité (produits, marchés, clientèle, concurrence, fournisseurs), son organisation (personnel, outil de travail, contrats), son bilan (Chiffre d’affaire, ventilation, charges principales)

Evaluer l’entreprise : Il s’agit de proposer une fourchette du prix de reprise. Se faire assister d’un expert-comptable.

Négocier : Il est important d’être assisté par de bons conseils. Un avocat et un expert-comptable vous aideront à rédiger votre lettre d’intention qui est le premier acte formalisé liant les deux parties.

Financer l’opération : Un apport personnel de 30 % en moyenne est une bonne base qui démontre votre engagement. Le reste du financement sera fourni par les emprunts.

Maîtriser la fiscalité : La reprise s’accompagne d’une taxation qu’il convient de prévoir. La reprise d’un fonds de commerce est taxée sur son prix de vente à hauteur de 3 % pour la tranche entre 23000 et 200000 euros, 5 % au-delà. La reprise de parts sociales est taxée à hauteur de 3 % au-delà de 23000 euros. La reprise de titres est elle-aussi taxée.

Aides à la reprise : On pourra consulter le site www.les-aides.fr. Citons en vrac : l’ACCRE, le dispositif NACRE, Idéclic prêts d’honneur, Idéclic transmission.

Les Oséades - Conférence sur la reprise d'entreprise
Les Oséades – Conférence sur la reprise d’entreprise

Pépinières d’entreprises

J’ai profité des Oséades organisées par, entre autres, le département, la CCI et la C2A pour me rendre aux Papeteries Image Factory à Cran-Gevrier. Il s’agit de l’une des trois pépinières d’entreprises de l’agglomération d’Annecy, les deux autres étant le Galiléo au Parc Altaïs de Chavanod et le Base camp situé à Annecy.

Comme chacun sait, les pépinières ont essentiellement pour vocation d’aider les créateurs d’entreprises. Pour celà, les candidats doivent respecter certains critères :
– avoir un projet d’entreprise ou une entreprise créée depuis moins de deux ans,
– le projet doit être suffisamment viable,
– il faut un caractère innovant, remarquable, original ou à plus-value territoriale.

La sélection n’est cependant pas trop discriminante sur ce dernier point : par exemple, un créateur de site web y trouvera une place même si son activité n’a plus l’aspect innovant des débuts d’internet. Avant la création de son entreprise, il peut être utile de se rapprocher de la CCI de Haute-Savoie afin de réaliser un Business Model Canvas qui établira la viabilité du projet.

Les pépinières proposent la location des locaux avec des contrats limités dans le temps : on ne doit pas s’éterniser dans une pépinière. Par exemple, on peut louer une place dans un open-space pour 50 euros HT par mois pendant 6 mois. Un bureau de 17 m2 se loue 350 euros HT par mois pour une durée de deux ans maximum. Elles offrent des équipements partagés : salles de réunion, photocopieurs, caféteria. Elles permettent d’accéder à une aide juridique bien utile lorsqu’il s’agit de rédiger des contrats commerciaux. Enfin, un accompagnement individuel permet de faire le point sur l’avancement de son projet.

Les pépinières sont idéales pour les personnes qui ont besoin de contact. C’est un lieu de convivialité, d’échanges, de discussions avec les autres entrepreneurs. On évite ainsi le spleen du travailleur solitaire. On reçoit de bons conseils. On noue des relations fructueuses pour l’avenir.

L'open-space de la Papeterie à Cran-Gevrier
L’open-space de la Papeterie à Cran-Gevrier

L’élevage industriel et la crise du porc

Je profitais récemment d’un séjour à l’hôtel pour regarder le journal télévisé car je n’ai pas la télévision à la maison. On parlait de la crise que connaissent actuellement les éleveurs de porcs. Un éleveur était interviewé. Il expliquait que la situation de blocage devient problématique pour lui. Chaque semaine, il doit sortir deux cents porcs de son élevage car deux cents nouveaux porcelets y arrivent. Il va bientôt manquer de place. De plus, la viande de porc perd de la valeur avec l’âge de l’animal car elle devient de plus en plus grasse.

Cet éleveur a malheureusement provoqué la situation dans laquelle il se trouve. L’élevage qu’il nous décrit n’a rien de la ferme traditionnelle ou d’une exploitation familiale. Il s’agit d’une chaîne de production qui fonctionne à flux tendu, une industrie qui, au lieu de sortir des automobiles ou des smartphones, produit des cochons. Les seuls débouchés possibles d’une telle entreprise sont évidemment d’autres industries capables d’absorber ce flux continu de production animalière. En construisant des fermes aux 1000 cochons, on sait qu’on devient dépendant des grandes surfaces et de l’industrie. On connaît les règles de ces grands groupes : se fournir au plus bas prix sur un marché mondial.

L’élevage intensif est dangereux. Il pollue l’environnement. Il produit de la viande de qualité moindre. Il crée une uniformisation du patrimoine génétique chez les animaux par l’usage intensif de techniques artificielles de reproduction. Il est fortement dépendant des aléas de l’économie mondialisée. Il creuse sa propre tombe en faisant baisser les cours par son excès de production.

Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, disait Sully. L’agriculture est un domaine hautement stratégique pour un pays, peut-être même le plus important. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve : quelques mois de crise mondiale et ce serait la famine pour des millions de personnes. Il est important de conserver notre indépendance alimentaire en construisant une économie agricole fiable et résiliente. Il faut donc sortir de la logique de production à grande échelle, revenir à un maillage d’exploitations à taille humaine et favoriser les cycles courts de distribution et le commerce local.

coupe-cochon

La société basque traditionnelle

Je viens de passer une semaine en pays basque. J’en ai profité pour m’intéresser à la culture et aux origines du peuple basque que l’on présente souvent, à tort ou à raison, comme une particularité dans notre paysage européen.

L’élément unitaire de la société traditionnelle basque n’est pas l’individu mais la maison, « l’etxe » comme on dit là-bas – et qu’il faut prononcer « etché ». Quand on parle d’etxe, on ne pense pas seulement au bâtiment mais aussi à la famille qui l’habite depuis des générations. La maison se transmet d’une génération à l’autre selon le droit d’aînesse. Cependant, l’aîné, fils ou fille, ne devient pas propriétaire du bien au sens où nous l’entendons. Il en est seulement le responsable. La maison est détenue dans une sorte d’indivision par les personnes qui y résident. En général, trois générations cohabitent dans la maison : les grands-parents, le fils (ou la fille) aîné et son conjoint et leurs enfants.

Cette transmission de la ferme familiale d’une génération à l’autre est assez classique dans toutes les régions d’Europe. La particularité du peuple basque se trouvait dans son droit coutumier qui donnait une assise juridique à cette pratique et reconnaissait l’etxe en tant qu’entité de base de la société. Ainsi, dans les conseils communaux, il y avait une voix par maison et non une voix par personne. Le maître de maison avait en charge l’etxe, c’est-à-dire le bâtiment et les terres, mais n’avait pas le droit de vendre ce patrimoine. Il avait également des devoirs envers ses cadets : il devait héberger les célibataires ou ceux dans le besoin.

Le droit basque mettait en avant la communauté plutôt que l’individu et s’opposait donc au droit romain. L’Ancien Régime tolérait cette particularité. La révolution a voulu imposer sa vision de la société : aucun corps intermédiaire ne doit subsister entre les individus et l’Etat. Pourtant, les Basques ont fait perdurer jusqu’au XXème siècle leurs habitudes. L’astuce des notaires et le consentement des héritiers permettaient de trouver des arrangements lors des successions. Mais la modernité a fini par s’imposer et le mode de vie actuel des Basques ne présente plus vraiment de spécificité.

L’expérience basque est intéressante car elle nous rappelle que d’autres formes de société sont possibles. La société basque mettait l’accent sur la préservation de l’héritage et sa pérennité à travers les siècles. C’est le propre des sociétés traditionnelles. A côté, la société moderne semble en déséquilibre, nécessitant une croissance perpétuelle qui s’avère évidemment impossible, ce qui nous conduit vers une catastrophe humaine et écologique. Dans la société basque, les générations n’étaient pas contraintes de réinventer leur place à chaque fois, de s’endetter sur des années pour acheter un appartement. Il n’y avait pas de spéculation, de promoteurs immobiliers. Dans la société basque, les mêmes familles se perpétuaient sur les mêmes terres. Dans ces conditions, on ne risquait pas de voir s’installer des étrangers venus de toute la planète : il n’y avait tout simplement pas de place pour eux.

Le livre que j’ai acheté dans une libraire de Bayonne :

Dictionnaire de culture et civilisation basques - Editions ELKAR
Dictionnaire de culture et civilisation basques – Editions ELKAR

Un exemple de maison basque :

Maison basque - Source wikipedia - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Saint_Etienne_de_Ba%C3%AFgorry_Maison.jpg
Maison basque – Source wikipedia – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Saint_Etienne_de_Ba%C3%AFgorry_Maison.jpg

La plaisanterie de Milan Kundera

Ces temps-ci, j’ai repensé à un livre que j’avais lu il y a une vingtaine d’années – vous comprendrez pourquoi. Il s’agit d’un roman de Milan Kundera : La plaisanterie. Je rappelle que cet auteur est né et a vécu en Tchécoslovaquie jusqu’en 1975, année où il est venu s’installer dans notre pays avant d’acquérir la nationalité française en 1981.

La plaisanterie est un roman écrit à la première personne mais le pronom « je » ne désigne pas un unique narrateur : le roman est découpé en plusieurs parties où différents personnages nous présentent leur vision personnelle. Ce procédé permet d’aborder une histoire sous plusieurs angles. L’action se déroule en Tchécoslovaquie à deux époques différentes, la première dans l’immédiat après-guerre à la fin des années 40, et la deuxième une quinzaine d’années plus tard, soit au début des années 60. Le personnage principal s’appelle Ludvik. Après la guerre, il est membre du Parti communiste, fait ses études à l’Université et occupe un poste important à l’Union des étudiants. Tout va bien pour lui dans la Tchécoslovaquie socialiste. Mais un jour, son esprit facétieux le conduit à titiller une amie un peu trop orthodoxe qui ne jure que par l’optimisme de la Révolution. Il lui envoie une carte postale où il déclare que l’optimisme est l’opium du peuple avant de conclure par « Vive Trotski ! ». Ce n’est pas politiquement correct, comme on dirait maintenant. Quelques semaines plus tard, il est convoqué pour s’expliquer devant un conseil de discipline. Il tente bien de se justifier : il ne s’agit que d’une boutade sans importance. Mais on ne plaisante pas avec la Révolution, sauf si l’on est cynique et individualiste, c’est-à-dire un ennemi de la société. Son « procès » fait largement appel au pathos : on lit le texte d’un résistant mort en déportation afin de mieux l’humilier. Comment peut-on rire après la barbarie nazie ? Et c’est ainsi qu’il est exclu du Parti, de l’Université et qu’il part faire son service militaire dans un bataillon disciplinaire. Son destin change à cause d’une plaisanterie.

Ce roman n’est pas une démonstration politique. Il n’y a pas de manichéisme. Les personnages n’ont ni raison, ni tort. C’est pour cela que c’est un bon roman. Les comportements s’expliquent par des considérations psychologiques plutôt qu’idéologiques. C’est une histoire qui pourrait très bien se dérouler dans un autre pays, à une autre époque. Chaque régime porte en lui les germes du totalitarisme.

C’est également l’histoire d’une vengeance qui passe à côté de son but car il ne sert à rien d’attendre : les gens changent, les choses évoluent, les inquisiteurs deviennent des libéraux. C’est dans l’instant qu’il faut réagir, au moment où l’on subit l’injustice. J’aurais mieux fait de le gifler, finit par penser Ludvik de son accusateur.

Les destins s’entrecroisent, les individus vivent dans leur bulle et interprètent les choses en fonction de leur univers : le monde lui-même est une plaisanterie.

La plaisanterie de Milan Kundera
La plaisanterie de Milan Kundera