L’élevage industriel et la crise du porc

Je profitais récemment d’un séjour à l’hôtel pour regarder le journal télévisé car je n’ai pas la télévision à la maison. On parlait de la crise que connaissent actuellement les éleveurs de porcs. Un éleveur était interviewé. Il expliquait que la situation de blocage devient problématique pour lui. Chaque semaine, il doit sortir deux cents porcs de son élevage car deux cents nouveaux porcelets y arrivent. Il va bientôt manquer de place. De plus, la viande de porc perd de la valeur avec l’âge de l’animal car elle devient de plus en plus grasse.

Cet éleveur a malheureusement provoqué la situation dans laquelle il se trouve. L’élevage qu’il nous décrit n’a rien de la ferme traditionnelle ou d’une exploitation familiale. Il s’agit d’une chaîne de production qui fonctionne à flux tendu, une industrie qui, au lieu de sortir des automobiles ou des smartphones, produit des cochons. Les seuls débouchés possibles d’une telle entreprise sont évidemment d’autres industries capables d’absorber ce flux continu de production animalière. En construisant des fermes aux 1000 cochons, on sait qu’on devient dépendant des grandes surfaces et de l’industrie. On connaît les règles de ces grands groupes : se fournir au plus bas prix sur un marché mondial.

L’élevage intensif est dangereux. Il pollue l’environnement. Il produit de la viande de qualité moindre. Il crée une uniformisation du patrimoine génétique chez les animaux par l’usage intensif de techniques artificielles de reproduction. Il est fortement dépendant des aléas de l’économie mondialisée. Il creuse sa propre tombe en faisant baisser les cours par son excès de production.

Labourage et pâturage sont les deux mamelles de la France, disait Sully. L’agriculture est un domaine hautement stratégique pour un pays, peut-être même le plus important. On ne sait pas ce que l’avenir nous réserve : quelques mois de crise mondiale et ce serait la famine pour des millions de personnes. Il est important de conserver notre indépendance alimentaire en construisant une économie agricole fiable et résiliente. Il faut donc sortir de la logique de production à grande échelle, revenir à un maillage d’exploitations à taille humaine et favoriser les cycles courts de distribution et le commerce local.

coupe-cochon

La société basque traditionnelle

Je viens de passer une semaine en pays basque. J’en ai profité pour m’intéresser à la culture et aux origines du peuple basque que l’on présente souvent, à tort ou à raison, comme une particularité dans notre paysage européen.

L’élément unitaire de la société traditionnelle basque n’est pas l’individu mais la maison, « l’etxe » comme on dit là-bas – et qu’il faut prononcer « etché ». Quand on parle d’etxe, on ne pense pas seulement au bâtiment mais aussi à la famille qui l’habite depuis des générations. La maison se transmet d’une génération à l’autre selon le droit d’aînesse. Cependant, l’aîné, fils ou fille, ne devient pas propriétaire du bien au sens où nous l’entendons. Il en est seulement le responsable. La maison est détenue dans une sorte d’indivision par les personnes qui y résident. En général, trois générations cohabitent dans la maison : les grands-parents, le fils (ou la fille) aîné et son conjoint et leurs enfants.

Cette transmission de la ferme familiale d’une génération à l’autre est assez classique dans toutes les régions d’Europe. La particularité du peuple basque se trouvait dans son droit coutumier qui donnait une assise juridique à cette pratique et reconnaissait l’etxe en tant qu’entité de base de la société. Ainsi, dans les conseils communaux, il y avait une voix par maison et non une voix par personne. Le maître de maison avait en charge l’etxe, c’est-à-dire le bâtiment et les terres, mais n’avait pas le droit de vendre ce patrimoine. Il avait également des devoirs envers ses cadets : il devait héberger les célibataires ou ceux dans le besoin.

Le droit basque mettait en avant la communauté plutôt que l’individu et s’opposait donc au droit romain. L’Ancien Régime tolérait cette particularité. La révolution a voulu imposer sa vision de la société : aucun corps intermédiaire ne doit subsister entre les individus et l’Etat. Pourtant, les Basques ont fait perdurer jusqu’au XXème siècle leurs habitudes. L’astuce des notaires et le consentement des héritiers permettaient de trouver des arrangements lors des successions. Mais la modernité a fini par s’imposer et le mode de vie actuel des Basques ne présente plus vraiment de spécificité.

L’expérience basque est intéressante car elle nous rappelle que d’autres formes de société sont possibles. La société basque mettait l’accent sur la préservation de l’héritage et sa pérennité à travers les siècles. C’est le propre des sociétés traditionnelles. A côté, la société moderne semble en déséquilibre, nécessitant une croissance perpétuelle qui s’avère évidemment impossible, ce qui nous conduit vers une catastrophe humaine et écologique. Dans la société basque, les générations n’étaient pas contraintes de réinventer leur place à chaque fois, de s’endetter sur des années pour acheter un appartement. Il n’y avait pas de spéculation, de promoteurs immobiliers. Dans la société basque, les mêmes familles se perpétuaient sur les mêmes terres. Dans ces conditions, on ne risquait pas de voir s’installer des étrangers venus de toute la planète : il n’y avait tout simplement pas de place pour eux.

Le livre que j’ai acheté dans une libraire de Bayonne :

Dictionnaire de culture et civilisation basques - Editions ELKAR
Dictionnaire de culture et civilisation basques – Editions ELKAR

Un exemple de maison basque :

Maison basque - Source wikipedia - http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Saint_Etienne_de_Ba%C3%AFgorry_Maison.jpg
Maison basque – Source wikipedia – http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Saint_Etienne_de_Ba%C3%AFgorry_Maison.jpg