8 Mile

Grâce à Netflix, je viens de visionner le film 8 Mile (sorti en 2002) avec le chanteur Eminem dans le rôle principal. Il s’agit d’un film sur le milieu du rap, style musical que je ne goûte pas spécialement. Cependant, pour compléter ma culture générale, je me devais de visionner ce film qui est une référence dans ce domaine.

Malgré son thème, on ne peut pas dire que la musique soit prépondérante dans la majeure partie du film. Les scènes montrent la vie quotidienne et plutôt sordide des laissés-pour-compte de la ville de Détroit. Le héros affiche une mine de chien battu dans un univers glauque. Il vit avec sa mère et sa petite sœur dans un mobil-home sous la menace d’une expulsion car ils n’arrivent pas à payer le loyer. La vie familiale est dissolue, la mère ayant un amant de l’âge de son fils. La petite sœur assiste aux états d’ébriété, aux disputes et aux passages à tabac. Le personnage incarné par Eminem travaille à l’usine. Il traîne le soir avec ses potes, des Pieds Nickelés noirs et blancs pas très malins, qui apportent une touche humoristique par leur facéties involontaires. Le rap lui permet de s’évader de son quotidien. Dans le bus ou dans la rue, il compose ses textes sur des bouts de papier surchargés.

Le film progresse lentement vers son apogée : le concours de battles. Il s’agit de duels de rappeurs où l’on s’efforce de casser son adversaire en scandant des rimes moqueuses sur un fond musical. Le vainqueur est désigné par acclamation. Cela m’a fait penser à un autre film sur une autre période historique (le XVIIIème siècle) dans un autre pays (la France) et une autre catégorie sociale (la noblesse) : Ridicule de Patrice Leconte. Là-aussi, on assiste à des joutes verbales. Les concours de bouts-rimés se font en alexandrins et octosyllabes. Il faut vaincre l’adversaire en faisant preuve d’esprit et de répartie. Les battles de rap répondent aux mêmes principes. Malheureusement, on y cède souvent à la trivialité et à la grossièreté.

La fin du film donne l’occasion à Eminem de montrer sa parfaite diction : il faut reconnaître qu’il maîtrise son style musical. On est emporté par le rythme même si l’on ne comprend pas grand-chose : il faut être un natif pour comprendre l’anglais américain argotique scandé à toute vitesse. La lecture des sous-titres nous aide mais il reste la barrière des références culturelles qui ne sont pas les nôtres : que signifie « Leave it beaver » ou « One pac, Tupac, three pac, four » ? Les gens qui ont vu 8 Mile dans les salles n’ont pas dû comprendre. Heureusement, quand on visionne sur internet, on a la possibilité de faire des recherches. J’ai ainsi trouvé une étude de texte de la dernière battle : 8 Mile: B-Rabbit vs Papa Doc. En conclusion, si vous décidez de voir ce film, regardez-le jusqu’au bout car l’essentiel se trouve dans les vingt dernières minutes.

Eminem et son air de chien battu
Les Pieds Nickelés